I. Lycanthrope
Mon corps refusa de bouger, comme s'il était endormi, comme à chaque fois après ça... Avec douleur je me retournai dans le lit, faisant hurler les ressorts du matelas. Sans même ouvrir les yeux je sentis la présence froide d'un corps et l'odeur du sang séché sur ce premier, ainsi que sur le mien. Je savais ce que j'avais fait mais n'y trouvais rien de reprochable. C'était dans ma nature.
Ouvrant les yeux je n'eus même pas un mouvement de recul face au cadavre mutilé qui se tenait là, inerte. Sa peau n'était que... il n'y avait pas de qualificatif pouvant d'écrire ça. Si elle avait été un jour belle, à présent elle n'était même plus acceptée dans le classement de beauté...
En me levant du lit, je déclenchai un courant d'air qui perturba l'odeur de chair en lambeaux qui fit gronder mon estomac, mais je l'ignorai car la bête ne devait pas se manifester de nouveau... pas si tôt. Je suivis la ligne continue de mes vêtements à travers l'appartement. Quand ma chasse aux trésors fut accomplie, je me dirigeai vers la salle de bain pour me nettoyer du sang et de plusieurs autres choses qui s'étaient accumulées sur mon corps durant la nuit passée. L'eau chaude, sur mon corps endolori par la mutation, m'arracha un gémissement de plaisir, mes muscles endoloris se détendirent, les images de la nuit flottaient devant mes yeux comme lorsque l'on se regarde un film vu à travers les yeux de l'acteur, une belle femme assise au bar seule, devant son cocktail, les baisers fougueux dans l'ascenseur, les vêtements bien plus vite retiré que mit, ses caresses, puis le gout métallique et rouillé du sang frais, le fondant de la chair sous mes crocs...
Une fois propre comme un sous neuf je me servis du sèche-cheveux qui après tout ne servira plus. Devant le miroir j'observais mon corps qui n'était plus semblable à celui que j'avais connu. J'avais une musculature de joueur de rugby, une mâchoire carrée. Des yeux bleus foncés entourés de longs cils noirs comme la nuit s'accordant à mes cheveux mi-longs qui ondulaient légèrement. J'étais assez grand contrairement aux autres garçons de ma famille.
*
**
J'étais assis dans ma jeep quand mon téléphone vibra dans la boite à gants. Je décrochai :
- Allô ? Dis-je.
- Alex, c'est Vanda !
Il avait fallut que ce soit juste elle, la folle du club. Vanda était une chic fille dans ses bons moments. Grande et fière d'elle c'était une sadique qui prenait son pied en soumettant les autres...
- Qu'est ce que tu me veux ? Soupirai-je.
- Robert veut te voir et maintenant, j'en connais un qui va passer un sale moment, rigola-t-elle.
Je lui raccrochai au nez ce qui pour moi était plus un reflexe qu'un caprice caractériel... Ou peut être bien les deux... J'allumai le contact et partis en direction du domaine de Robert, l'alpha de la Meute.
Voilà, trois ans que j'avais muté. Avant cela j'avais une vie normale, étudiant, en couple, un job. Bref la vie de quelqu'un de normal qui ne s'imaginait pas devenir un Lycanthrope ou plus communément dit : un Loup-garou. C'était dû à une randonnée qui avait fini mal, très mal.
Comme chaque week-end Virginie, ma copine, et moi partions en randonnée pour être plus proche de la nature. Un soir, alors que nous dormions tout les deux, nous nous réveillâmes en sursaut. De l'extérieur de la tente des bruits de reniflement nous parvinrent. La tente fut attaquée de tous les côtés par des ombres énormes. En l'espace d'un quart d'heure le toit n'était plus que confettis et nous repas de ce qui ressemblait à un loup mais en plus gros. Virginie ne réussit pas à survivre à l'attaque contrairement à moi. Un mois plus tard, je découvris que j'étais un loup-garou. La première année fut très sanglante, voyageant à travers la France j'avais laissé derrière moi que des cadavres. C'est alors que la Meute me trouva. Ils me surnommèrent Louveteau, inconscient, stupide, non ? Ils me gardèrent une année complète pour m'apprendre à tuer mais pas autant ce qui ne m'avait pas empêché de recommencer. Mais chaque fois je retournais dans la salle de « Torture » qui appartenait à notre Vanda.
Le domaine se trouvait dans les Alpes entre un village du nom de Veynes et Aspre. Techniquement, il n'existait pas mais pour nous oui, il était délimité par de l'urine, original comme procédé. La maison de Robert était immense et regorgée de pièces secrètes que même moi je ne connaissais pas. Elle appartenait à la famille de Robert qui était loup-garou, Alpha de père en fils comme une dynastie. Robert m'attendait sur le seuil de la maison la mine sévère, oui j'allais passer un mauvais quart d'heure voire plus.
Je pris tout mon temps pour me garer et descendre de la Jeep qui réflexion faite n'était pas si sûre que ça en sachant que Robert ou moi-même étions capables de retourner la voiture avec une seul main... Je m'avançais avec prudence jusqu'à lui, il poussa un bref soupir et d'un signe de tête m'indiqua de le suivre. Sur le chemin, je croisai mes frères et s½urs de Meute, tous arboraient le même regard noir et les lèvres pincées. Arrivé dans son bureau je commençai à réfléchir pour me défendre.
- Alexandre tu nous mets une fois de plus dans une situation compliqué, dit-il en s'asseyant.
- Mais pourquoi ? Demandai-je alors que je savais la raison de sa colère.
- Tu as tué des humains, encore une fois !
- Mais les hors la loi le font ! Les vampires le font ! M'exclamai-je
Il me jeta un regard dur qui semblait lire en moi sans retenu.
- Alexandre tu sais que je t'aime comme un fils mais tu mets en danger la Meute. Les vampires je n'en ai rien à faire ainsi que des hors-la-loi ! Tu fais partie de la Meute de ce pays ! Alors maintenant je vais te laisser regagner ta chambre et repenser à tout ça. Pars ! Aboya-t-il.
Je sortis du bureau en claquant la porte un soupçon, bon d'accord, beaucoup plus fort que nécessaire. Je partais tête baissée vers ma chambre mais en chemin je me heurtai à une masse imposante. C'était Louis, masse musculaire de 100kilos avec des mains semblables à des abattoirs qui nous écraseraient la tête sans aucune difficulté. Mais ne vous laissez pas prendre au piège il est adorable et surtout très intelligent. Je dis ça parce que pour moi les masses musculaires comme lui sont généralement bêtes comme leurs pieds.
- Désolé Louis je ne t'avais pas vu.
Avec un sourire narquois, il me posa comme un sac de pomme de terre sur son épaules et me guida jusqu'à ma chambre. Mais arrivés, sur le pas de la porte Robert cria que je devais rester seul.
- Quel vieux ronchon celui là ! Marmonna Louis.
- C'est un euphémisme Lou', marmonnai-je.
Il partit en trainant des pieds et ruminant comme un grand-père. Il était pour moi comme le frère que je n'avais jamais eu. Après mon arrivée il avait été là pour m'aider à m'habituer à la vie sédentaire de la Meute. La bête en moi voulait courir sans cesse de pays en pays mais une chose était sûre, c'était qu'ici, j'étais en sécurité et compris. Car malgré tout Robert me comprenait, le gibier n'était pas aussi goûteux que l'humain mais à présent avec le progrès nous ne pouvons plus nous permettre d'agir selon notre « nature ». Robert avait décrété pour le bien de notre race que nous ne devions tuer des humains seulement en cas de dernier recours qui sont : s'il y avait un témoin ou plus de notre transformation, si la personne découvrait notre véritable nature ou s'il nous attaquait.
Quelque part, il ne faisait cela que pour nous, sa famille. Oui sa famille, car c'était ce que nous étions les uns pour les autres. Nous nous comprenions tous, nous nous aidions mais certains ne s'aimaient pas comme dans n'importe quelle famille. A l'heure actuelle, nous étions huit membres : Robert, l'alpha, Vanda, la femelle Alpha, Louis, Sander, Jeanne, Brent, Susanne, qui eux tous étaient nés loups-garous et enfin moi qui étaient une pièce rapportée.
Je m'allongeai sur le lit qui avait été fait avant mon arrivée, il sentait la Lavande et j'avais horreur de ça. Je savais qui avait fait ça et elle ne payait rien pour attendre. Tentant d'ignorer l'odeur qui émanait des draps je me concentrais sur ce qui m'entourait. La chambre était dans les tons chocolat et crème avec quelques touches d'anis. Il y avait une grande bibliothèque remplit de livres et d'objets anciens. Ce n'était pas moi qui avais choisi la décoration, c'était Robert. Il s'occupait de chaque pièce avec soin, en ayant bien avant analysé les futurs occupants. En même temps, il était évident qu'il fasse ça puisque dans sa vie dite « normale », c'était son métier. Etre chef de Meute et décorateur d'intérieur ne pouvait donc pas être incompatible... surtout quand on sait ce que peuvent faire comme dégâts des gens tels que nous.
Chacun d'entre nous avions un métier, une spécialisation. Vanda était avocate, je la voyais bien avec sa robe longue à la place de ses éternelles tenues moulantes en cuir et je ne savais trop quelle matière. Louis était professeur d'arts plastiques, il aimait les enfants et l'art alors il avait trouvé ce métier qui réunissait ses deux plaisirs. Sander était cuisinier, originaire d'Angleterre, sa cuisine était assez bien pour que je la mange. Jeanne tenait une librairie où je me fournissais souvent en livres. Brent était encore à l'école, en Troisième. Il était très fort en mécanique, c'était lui d'ailleurs qui s'occupait de ma voiture. Susanne était sage-femme, ce qui ne plaisait pas à la Meute car elle risquait de contaminer des nourrissons si elle venait à se blesser. Et moi j'étais à la base agent littéraire, mais j'avais abandonné l'année dernière car je n'aimais pas être confiné dans mon bureau. J'avais comme projet de créer ma propre maison d'édition mais je ne trouvais pas la volonté de mettre en application mes rêves.
Sans le sentir le sommeil me gagna et je sombrai dans un sommeil sans aucun rêve ou aucun bruit ne réussit à me faire grogner...
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